mercredi 10 février 2010

Confusion




Marinette : "Oh, quelle délicate attention, attends je vais te débarrasser, ça a l'air bien lourd pour toi. Tu remercieras bien ta tante pour moi..."


En pleine mi-temps du halo de lumière, le haut du dos appuyé sur le versant latéral du lit conjugal de mes cousins, assise en tailleur sans même un coussin, je dévorais tous les gros mots inconnus de ce capitaine au sale caractère, je me moquais en douce sans prononcer une syllabe de cette cantatrice ridicule, je riais de ces jumeaux bizarres invraisemblables et si semblables à la fois.
Tous les après-midi j'étais happée, appelée par cette chambre d'une tranquillité incroyable qui n'abritait qu'une simple couche et une basse étagère, mais où était entreposé un trésor inestimable, toute la collection de Tintin.
J'ai remercié chaque jour tout bas ma délicieuse maîtresse-magicienne pour avoir fait de moi une potentielle lectrice. Tellement heureuse grâce à cet évènement si attendu que j'avais, pour la première fois de ma vie, demandé quelque chose d'un peu spécial à mes parents, offrir un bouquet de glaïeuls (des glaïeuls car il fallait que ce soit faste) à celle qui est restée mon enseignante préférée.
Concentrée comme la tomate, je n'avais pas tout de suite entendu la voix de ma tante dans la cuisine. Le temps que je dévale les escaliers craquants et à croquer tellement ils sentaient bon la cire d'abeille, elle se trouvait déjà dans le couloir, sac de dame au poignet, prête à partir et elle me dit :

" Ma chérie, j'ai préparé un panier que tu trouveras sur la table pour Marinette, c'est pour nourrir ses lapins, pourras tu s'il te plaît lui apporter pendant mon absence ?"

Après avoir vivement acquiescé, j'ai vite entamé les marches quatre à quatre (vu mon âge et ma taille de l'époque, je vais rester raisonnable et je dirais plutôt deux à deux, il y a des limites à tout, même quand on est du sud bon sang), impatiente de poursuivre ma lecture.
Puis, je me suis soudainement souvenue du service à rendre à ma tante.
Le panier en gros osier, gisait là, en plein milieu de la table de la salle à manger et j'ai dû grimper sur une chaise pour le choper, faire mille contorsions pour ne pas me casser la margoulette.
Heureusement, la voisine habitait la maison juste en face, séparée par une étroite rue agrémentée d'un passage piéton. C'est en le traînant saisi fermement avec mes deux mains que pas à pas j'ai pu déménager la chose.

Marinette : "...oh, mais ta tante m'offre même un poulet entier, tu la remercieras beaucoup, beaucoup."

J'ai traversé la rue une nouvelle fois, fière d'avoir accompli ma mission et de voir Marinette si radieuse.
Je venais à peine de mettre un pied dans le couloir que j'entends ma tante hurler :

"Mais, il est passé où mon panier de commissions ?"

J'ai couru rejoindre ma tante dans la cuisine où gisait un panier en osier plein d'épluchures de légumes !

La citadine de 6 ans : "Ah, ça ne mange pas de poulet un lapin ?"



Photo et texte de Mathilde Primavera.

mardi 9 février 2010

Dieu est là où habite l'amour




"La plus douce hérésie admise
Connue de l'homme ou de la femme,
Mutuelle conversion
à une foi pourtant réduite à deux
Les chapelles sont si multiples,
Le rituel si succinct,
La grâce si assurée
Échoir est infidèle."

La plus douce hérésie admise de Emily Dickinson (1830-86)



Et puis après ça, j'ai rêvé :



"Je savais aussi qu'à l'est s'étendait le continent, coupé par les basses cordillères, les glaciers, les fjords qui ouvraient des cicatrices d'eau sur lesquelles, pendant les durs hivers patagoniens, naviguaient des bateaux fantômes : galions de l'époque coloniale ou transaltlantiques hauts comme des cathédrales, pilotés par des êtres qui ignoraient leur destin de vagabonds emportés un jour par l'étreinte polaire."

Extrait de Rendez-vous d'amour dans un pays en guerre de Luis Sepulveda



Photo de Mathilde Primavera.

lundi 8 février 2010

Pause flamenca





Mathilde Primavera.

dimanche 7 février 2010

Se laisser guider




"Sourire, c'est laisser s'éveiller le faune endormi au fond de nos cellules, se laisser guider par la saine intelligence des sens."
Patrick Drevet






"Il faut se laisser guider par l'enfant qu'on a été. L'enfant, c'est quelque chose qui est quelqu'un qui n'est plus."
José Saramago



Photos de Mathilde Primavera.

samedi 6 février 2010

Un petit vélo dans la tête





Hier sur le blog de Nathalie "Avignon in Photos" j'ai confondu des groseilles avec des framboises.
A part les "golden" très facilement reconnaissables, j'ai le chic pour ne jamais acheter les pommes que j'aime.
Devant la vitrine du fromager si par malheur il vient à manquer l'étiquette avec le nom je pointe mon index et je dis : "je voudrais s'il vous plaît de ça."
J'ai aussi dans le même repas mangé des rouleaux de printemps cuits au four et des nems crus.
A 45 piges c'est intolérable, incroyable, invraisemblable, improbable, mais surtout irrémédiable.
Déjà petite je prenais des concombres pour des courgettes, des blettes pour des épinards, de la laitue pour de la scarole.
Du haut de mon petit 6 ans (l'année scolaire n'ayant pas encore débutée, je ne savais pas lire), je tendais le porte-monnaie à la marchande pour payer, elle se servait, remettait des centimes avec le ticket.
Si j'étais dégourdie pour converser avec la vendeuse j'étais aussi incapable de dire "je veux un kilo de blettes" car une fois arrivée chez le primeur je voyais vaguement ce que je devais acheter, mais sans pouvoir me souvenir du nom.
Régulièrement les menus devaient changer à la maison.
J'avais bien suggéré à ma mère de m'écrire sur un petit bout de papier ce dont elle avait besoin, mais elle me répondait systématiquement : "non, sinon tu ne vas jamais apprendre à les reconnaître et à mémoriser leurs noms."
Les rares jours où la chance était avec moi en ramenant vraiment ce qu'il fallait, je les vivais comme des moments de gloire.
Mais...j'ai fait bien pire.
Quand il s'agissait d'aller chercher du pain je demandais ce qu'il fallait que je rapporte en cas de pénurie de baguettes, ce en quoi ma mère répondait :"un équivalent."
Un jour où un car de touristes avait dû débarquer pour acheter tout le stock et se faire des "sandwiches" j'ai lancé très fière : "je veux un équivalent."
Par quel miracle avais-je bien pu retenir ce nom alors que celui de laitue m'échappait systématiquement ?
La boulangère m'a proposé des bâtards, des ficelles, du pain restaurant...et à chaque proposition je m'énervais un peu plus en répondant : "ma mère m'a dit de prendre un équivalent."
J'ai fait le trajet du retour très contrariée avec un pain inconnu dans les bras, mais assurée qu'il valait mieux cet inconnu que pas de pain du tout.
J'avais tout de même la responsabilité de bien nourrir toute la famille pour la journée.
J'ai mis un peu de temps avant de comprendre le fou rire général familial quand j'ai annoncé :
"il ne faut pas me crier, la boulangère m'a vendu n'importe quoi, il n'y avait plus de baguette et d'équivalent !"



Photo et texte de Mathilde Primavera.

jeudi 4 février 2010

La quiétude d'un limpide silence






"Le silence est l'élément dans lequel se forment les grandes choses, pour qu'enfin elles puissent émerger, parfaites et majestueuses à la lumière de la vie qu'elles vont dominer."
Maurice Maeterlinck

"L'ardeur ne se mesure pas à la quantité de fois de faire l'amour. L'amour est tout le long des jours, dans la quiétude du silence, dans le sourire, le ton de la voix, dans l'absence, l'éloignement."

Lauréanne Harvey

"La bouche garde le silence pour écouter parler le coeur."
Alfred de Musset

"Le baiser, la bouche sur la bouche, est le signe le plus expressif du silence."
Pierre Baillargeon

"Le meilleur moment des amours n'est pas quand on dit : je t'aime. Il est dans le silence même A demi rompu tous les jours."
Sully Prudhomme


Photo de Mathilde Primavera.

Déchirure






"Aimer jusqu'à la déchirure -Aimer, même trop, même mal, -Tenter sans force et sans armure, -D'atteindre l'inaccessible étoile."
Jacques Brel paroles de la chanson La Quête



Photo de Mathilde Primavera.