Marinette : "Oh, quelle délicate attention, attends je vais te débarrasser, ça a l'air bien lourd pour toi. Tu remercieras bien ta tante pour moi..."
En pleine mi-temps du halo de lumière, le haut du dos appuyé sur le versant latéral du lit conjugal de mes cousins, assise en tailleur sans même un coussin, je dévorais tous les gros mots inconnus de ce capitaine au sale caractère, je me moquais en douce sans prononcer une syllabe de cette cantatrice ridicule, je riais de ces jumeaux bizarres invraisemblables et si semblables à la fois.
Tous les après-midi j'étais happée, appelée par cette chambre d'une tranquillité incroyable qui n'abritait qu'une simple couche et une basse étagère, mais où était entreposé un trésor inestimable, toute la collection de Tintin.
J'ai remercié chaque jour tout bas ma délicieuse maîtresse-magicienne pour avoir fait de moi une potentielle lectrice. Tellement heureuse grâce à cet évènement si attendu que j'avais, pour la première fois de ma vie, demandé quelque chose d'un peu spécial à mes parents, offrir un bouquet de glaïeuls (des glaïeuls car il fallait que ce soit faste) à celle qui est restée mon enseignante préférée.
Concentrée comme la tomate, je n'avais pas tout de suite entendu la voix de ma tante dans la cuisine. Le temps que je dévale les escaliers craquants et à croquer tellement ils sentaient bon la cire d'abeille, elle se trouvait déjà dans le couloir, sac de dame au poignet, prête à partir et elle me dit :
" Ma chérie, j'ai préparé un panier que tu trouveras sur la table pour Marinette, c'est pour nourrir ses lapins, pourras tu s'il te plaît lui apporter pendant mon absence ?"
Après avoir vivement acquiescé, j'ai vite entamé les marches quatre à quatre (vu mon âge et ma taille de l'époque, je vais rester raisonnable et je dirais plutôt deux à deux, il y a des limites à tout, même quand on est du sud bon sang), impatiente de poursuivre ma lecture.
Puis, je me suis soudainement souvenue du service à rendre à ma tante.
Le panier en gros osier, gisait là, en plein milieu de la table de la salle à manger et j'ai dû grimper sur une chaise pour le choper, faire mille contorsions pour ne pas me casser la margoulette.
Heureusement, la voisine habitait la maison juste en face, séparée par une étroite rue agrémentée d'un passage piéton. C'est en le traînant saisi fermement avec mes deux mains que pas à pas j'ai pu déménager la chose.
Marinette : "...oh, mais ta tante m'offre même un poulet entier, tu la remercieras beaucoup, beaucoup."
J'ai traversé la rue une nouvelle fois, fière d'avoir accompli ma mission et de voir Marinette si radieuse.
Je venais à peine de mettre un pied dans le couloir que j'entends ma tante hurler :
"Mais, il est passé où mon panier de commissions ?"
J'ai couru rejoindre ma tante dans la cuisine où gisait un panier en osier plein d'épluchures de légumes !
La citadine de 6 ans : "Ah, ça ne mange pas de poulet un lapin ?"
Photo et texte de Mathilde Primavera.
