Tout ce qui n'est pas donné ou partagé est perdu (proverbe gitan)

Tout ce qui n'est pas donné ou partagé est perdu (proverbe gitan)
Ici c'est le printemps toute l'année !!!

samedi 28 avril 2012

Quand les animaux se mêlent de poésie





COMPTINE

J'avais une vache

elle est au salon

J'avais une rose

elle est en chemise

et en pantalon

J'avais un cheval

il cuit dans la soupe

dans le court-bouillon

J'avais une lampe

le ciel me l'a prise

pour les nuits sans lune

J'avais un soleil

il n'a plus de feu

je n'y vois plus goutte

je cherche ma route

comme un malheureux.

Jean Tardieu


Les animaux ont du souci

Le pauvre crocodile n'a pas de C cédille

On a mouillé les L de la pauvre grenouille

Le poisson scie

A des soucis

Le poisson sole

Ca le désole

Mais tous les oiseaux ont des ailes

Même le vieil oiseau bleu

Même la grenouille verte

Elle a deux L avant le E

Laissez les oiseaux à leur mère

Laissez les ruisseaux dans leur lit

Laissez les étoiles de mer

Sortir si ça leur plaît la nuit

Laissez les p'tits enfants briser leur tirelire

Laissez passer le café si ça lui fait plaisir

La vieille armoire normande

Et la vache bretonne

Sont parties dans la lande en riant comme deux folles

Les petits veaux abandonnés

Pleurent comme des veaux abandonnés

Car les petits veaux n'ont pas d'ailes

Comme le vieil oiseau bleu

Ils ne possèdent à eux deux

Que quelques pattes et deux queues

Laissez les oiseaux à leur mère

Laissez les ruisseaux dans leur lit

Laissez les étoiles de mer

Sortir si ça leur plaît la nuit

Laissez les éléphants ne pas apprendre à lire

Laissez les hirondelles aller et revenir

Jacques Prévert



La perdrix

Quand la perdrix

Voit ses petits

En danger, et n'ayant qu'une plume nouvelle

Qui ne peut fuir encor par les airs le trépas,

Elle fait la blessée, et va traînant de l'aile,

Attirant le chasseur et le chien sur ses pas,

Détourne le danger, sauve ainsi sa famille ;

Et puis quand le chasseur croit que son chien la pille,

Elle lui dit adieu, prend sa volée, et rit

De l'homme qui, confus, des yeux en vain la suit.

Jean de la Fontaine





Mathilde Primavera.

samedi 21 avril 2012

Poésie au féminin



Dors !

L'orage de tes jours a passé sur ma vie ;
ton sort, j'ai pleuré de tes pleurs ;
Où ton âme a monté mon âme l'a suivie ;
Pour aider tes chagrins, j'en ai fait mes douleurs.

Mais, que peut l'amitié ? l'amour prend toute une âme !
Je n'ai rien obtenu ; rien changé ; rien guéri :
L'onde ne verdit plus ce qu'a séché la flamme,
Et le coeur poignardé reste froid et meurtri.

Moi, je ne suis pas morte : allons ! moi, j'aime encore ;
J'écarte devant toi les ombres du chemin :
Comme un pâle reflet descendu de l'aurore,
Moi, j'éclaire tes yeux ; moi, j'échauffe ta main.

Le malade assoupi ne sent pas de la brise
L'haleine ravivante étancher ses sueurs ;
Mais un songe a fléchi la fièvre qui le brise ;
Dors ! ma vie est le songe où Dieu met ses lueurs.

Comme un ange accablé qui n'étend plus ses ailes,
Enferme ses rayons dans sa blanche beauté,
Cache ton auréole aux vives étincelles :
Moi je suis l'humble lampe émue à ton côté


Marceline Desbordes-Valmore 
1786-1859 






La voix d'un ami

Si tu n'as pas perdu cette voix grave et tendre
Qui promenait mon âne au chemin des éclairs
Ou s'écoulait limpide avec les ruisseaux clairs,
Eveille un peu ta voix que je voudrais entendre.

Elle manque à ma peine, elle aiderait mes jours.
Dans leurs cent mille voix je ne l'ai pas trouvée.
Pareille à l'espérance en d'autres temps rêvée,
Ta voix ouvre une vie où l'on vivra toujours !

Souffle vers ma maison cette flamme sonore
Qui seule a su répondre aux larmes de mes yeux.
Inutile à la terre, approche-moi des cieux.
Si l'haleine est en toi, que je l'entende encore !

Elle manque à ma peine ; elle aiderait mes jours.
Dans leurs cent mille voix je ne l'ai pas trouvée.
Pareille à l'espérance en d'autres temps rêvée,
Ta voix ouvre une vie où l'on vivra toujours !

Marceline Desbordes-Valmore 
1786-1859 






Mathilde Primavera.


vendredi 20 avril 2012

Eclairons nous !




Je ne sais pas si je suis le cachet effervescent contre la migraine, ou carrément le mal de crâne lui même !

En clair, impatiente de découvrir le résultat des élections présidentielles, je suis une vraie pile électrique.
Rajoutez à cela un arrêt du tabac sans aucun substitut de nicotine et vous obtiendrez carrément toutes les lumières clignotantes de la totalité des discothèques du monde entier.
Et surtout, arrêtez donc de dire que j'ai le don de l'exagération car je vous assure que les métaphores soigneusement choisies ici sont légères comparées à mon ressenti physique actuel.

Bien que je sois une grande idéaliste, j'ai toutes les bonnes raisons de la Terre d'espérer un changement politique.
En effet, je ne peux pas concevoir que tous les français trouvent la situation actuelle agréable, je ne peux pas imaginer trente secondes qu'aucun ne voit le scénario catastrophique bers lequel nous allons, telle la crise qu'est en train de traverser la Grèce.






Il faut surtout arrêter de penser que les hommes politiques ne peuvent pas faire stopper cette dégringolade.
Des solutions il en existe toujours, il faut simplement avoir envie que les riches ne soient pas les seuls à se retrouver dans une situation confortable.
Être cynique, ou désabusé par rapport à ces élections serait comme accepter tout et n'importe quoi de la part de ceux qui nous gouvernent.
Dans la vie on a rien sans rien, on le sait, on est venu au monde pour en c...et pour se battre, à plus forte raison si nous ne sommes pas nés avec une petite cuillère en argent dans la bouche. Et, ô combien même cela aurait été le cas, j'ose espérer, pour ma part, avoir été solidaire avec les plus démunis !
Il ne s'agit là ni de charité chrétienne, ni de morale, mais bel et bien le fait de mettre à l'honneur le droit de vote si durement acquis pour que chacun puisse choisir qui va pouvoir nous faire vivre dans la dignité, sans honte, dans un pays qui est censé être la cinquième puissance mondiale !






Puis, je ne peux pas m'empêcher de penser qu'en 2012 nous sommes en numérologie en année 5, un chiffre qui représente le changement.
Nous aurons peut-être déjà une vague idée dimanche prochain de s'il faut accorder de l'importance ou non à...la numérologie, car pour le reste je vous ai déjà dit ce que j'en pensais !

"Pinaise", virez moi tous ces briquets de ma vue, je n'ai aucunement besoin de feu supplémentaire !!!






L'INTERNATIONALE
Couplet 1 :
Debout ! l'âme du prolétaire
Travailleurs, groupons nous enfin.
Debout ! les damnés de la terre !
Debout ! les forçats de la faim !
Pour vaincre la misère et l'ombre
Foule esclave, debout ! debout !
C'est nous le droit, c'est nous le nombre :
Nous qui n'étions rien, soyons tout :

Refrain :
C’est la lutte finale
Groupons-nous et demain
L’Internationale
Sera le genre humain :

Couplet 2 :
Il n’est pas de sauveurs suprêmes :
Ni Dieu, ni César, ni Tribun.
Travailleurs, sauvons-nous nous-mêmes ;
Travaillons au salut commun.
Pour que les voleurs rendent gorge,
Pour tirer l’esprit du cachot,
Allumons notre grande forge !
Battons le fer quand il est chaud !

Refrain

Couplet 3 :
Les Rois nous saoulaient de fumées
Paix entre nous ! guerre aux Tyrans !
Appliquons la grève aux armées
Crosse en l’air ! et rompons les rangs !
Bandit, prince, exploiteur ou prêtre
Qui vit de l'homme est criminel ;
Notre ennemi, c'est notre maître :
Voilà le mot d'ordre éternel.

Refrain

Couplet 4 :
L'engrenage encor va nous tordre :
Le capital est triomphant ;
La mitrailleuse fait de l'ordre
En hachant la femme et l'enfant.
L'Usure folle en ses colères
Sur nos cadavres calcinés
Soude à la grève des Salaires
La grève des assassinés.

Refrain

Couplet 5 :
Ouvriers, Paysans, nous sommes
Le grand parti des travailleurs.
La terre n’appartient qu’aux hommes.
L'oisif ira loger ailleurs.
C'est de nos chairs qu'ils se repaissent !
Si les corbeaux si les vautours
Un de ces matins disparaissent....
La terre tournera toujours.

Refrain

Couplet 6 :
Qu'enfin le passé s'engloutisse !
Qu'un genre humain transfiguré
Sous le ciel clair de la Justice
Murisse avec l'épi doré !
Ne crains plus les nids de chenilles
Qui gâtaient l'arbre et ses produits
Travail, étends sur nos familles
Tes rameaux tout rouges de fruits

Refrain












Mathilde Primavera.

mercredi 18 avril 2012

Un peu de poésie au masculin




LES OISEAUX DÉGUISÉS

Tous ceux qui parlent des merveilles
Leurs fables cachent des sanglots
Et les couleurs de leur oreille
Toujours à des plaintes pareilles
Donnent leurs larmes pour de l'eau

Le peintre assis devant sa toile
A-t-il jamais peint ce qu'il voit
Ce qu'il voit son histoire voile
Et ses ténèbres sont étoiles
Comme chanter change la voix

Ses secrets partout qu'il expose
Ce sont des oiseaux déguisés
Son regard embellit les choses
Et les gens prennent pour des roses
La douleur dont il est brisé

Ma vie au loin mon étrangère
Ce que je fus je l'ai quitté
Et les teintes d'aimer changèrent
Comme roussit dans les fougères
Le songe d'une nuit d'été

Automne automne long automne
Comme le cri du vitrier
De rue en rue et je chantonne
Un air dont lentement s'étonne
Celui qui ne sait plus prier


LOUIS ARAGON



Mathilde Primavera.

dimanche 15 avril 2012

Prenez le pouvoir !

Un bureau de vote en 1891, tableau d'Alfred Bramtot, musée de la mairie des Lilas

 

N'écoutez surtout pas cet imbécile de Michel Onfray et allez voter citoyens !!!

 

Droit de vote

Suffrage universel, une longue conquête en France

L'origine du suffrage universel remonte à 1789. Le principe du suffrage universel figure dans l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Pourtant, le suffrage universel direct a mis du temps avant de s'installer définitivement. Par exemple, en 1791, ne peuvent voter que les hommes âgés de plus de 25 ans, étant inscrits sur les listes de la garde nationale, payant un impôt équivalent à dix jours de travail. Il faut attendre 1848 pour que l'instauration du suffrage universel soit définitif, et 1944 pour qu'il s'applique aux femmes.

 

Droit de vote : les critères

Pour pouvoir voter, il faut être âgé d'au moins 18 ans et être inscrit sur les listes électorales. Longtemps fixé à 21 ans, l'âge électoral a été abaissé à 18 ans sous Giscard d'Estaing par la loi du 5 juillet 1974. Depuis 1997, l'inscription sur les listes électorales est automatique pour tout individu atteignant l'âge de 18 ans.
Théoriquement, avec près de 63 millions d'habitants, la France compte 45 millions d'électeurs potentiels. Pourtant, plusieurs millions d'électeurs manquent à l'appel alors que selon l'article L.9 du code électoral, "l'inscription sur les listes électorales est obligatoire". Mais aucune mesure n'est prise pour que cette inscription soit effective.

 

Les non-inscrits : environ 3 millions de Français

Selon différentes études, environ 3 millions de Français ne sont pas inscrits sur les listes électorales. La majorité des non-inscrits (environ 2 millions de personnes) ont oublié de se réinscrire suite à un déménagement. A ces non-inscrits s'ajoutent les jeunes de plus de 18 ans qui n'ont pas été inscrits par les services municipaux faute d'un recensement exact. Selon l'INSEE, 22% des 18-19 ans seraient non-inscrits alors que ce chiffre n'est que de 5% pour les 60-69 ans.

 

 

 

Les étrangers votent-ils ?

Seuls les citoyens français votent aux élections nationales. En revanche, aux élections européennes et aux élections municipales, les citoyens européens votent. Autrement dit, un anglais ou un polonais résidant en France peut voter pour élire le maire de sa ville.
Certains hommes politiques ont proposé d'étendre ce droit de vote aux élections locales à tous les étrangers mais ce projet ne fait pas consensus, certains estimant que seule la citoyenneté française doit permettre le droit de vote.

 

Droit de vote des femmes en France : 1944

Les femmes ont le droit de vote en France depuis le décret du 21 avril 1944 du gouvernement provisoire de la République, présidé par le général De Gaulle. Ce droit de vote aux femmes intervient près de cent ans après l'instauration du suffrage universel masculin, en 1848.
La France n'accorde le droit de vote aux femmes qu'à la fin de Seconde Guerre mondiale alors qu'elles pouvaient déjà voter dans de nombreux pays : en Allemagne dès 1919, en Espagne, en Turquie dès 1931. En Grande Bretagne, ce droit a été accordé en deux temps : en 1918, les femmes de plus de 30 ans ont pu voter. Il faut attendre 1928 pour que l'égalité homme/femme lors des élections soit totale. Seuls des pays comme la Belgique (1948) et la Suisse (1971) font mois bien que la France.

 

Pourquoi la France a-t-elle accordé ce droit si tardivement aux femmes ?

Dès les années 1870, sous la IIIe République, des députés ont proposé l'instauration d'un vrai suffrage universel incluant les femmes. La chambre des députés a voté à plusieurs reprises en faveur du droit de vote des femmes. Mais à chaque tentative, c'est le Sénat qui a bloqué la réforme. Or, sous la IIIe République, aucune loi ne peut passer si le Sénat vote contre. Le principal argument avancé par les sénateurs pour refuser le droit de vote est de brandir la menace de l'Eglise. A cette époque où les relations entre l'Eglise et l'Etat sont tendues, de nombreux sénateurs redoutaient que les femmes soient trop influencées dans leur vote par ce que leur dirait le prêtre. Cette idée montre le rôle des femmes attribué par la société de l'époque : aux hommes les affaires publiques, aux femmes la gestion du foyer.

samedi 14 avril 2012

Souvenir pétillant et moralité implacable

XVIII : La boîte à ouvrage.


Quand Sophie voyait quelque chose qui lui faisait envie, elle le demandait.Si sa maman le lui refusait, elle redemandait et redemandait jusqu’à ce que samaman, ennuyée, la renvoyât dans sa chambre. Alors, au lieu de n’y plus penser,elle y pensait toujours et répétait :
« Comment faire pour avoir ce que je veux ? J’en ai si envie ! Ilfaut que je tâche de l’avoir. »
Bien souvent, en tâchant de l’avoir, elle se faisait punir ; mais elle nese corrigeait pas.
Un jour sa maman l’appela pour lui montrer une charmante boîte à ouvrage que M.de Réan venait d’envoyer de Paris. La boîte était en écaille avec del’or ; le dedans était doublé de velours bleu, il y avait tout ce qu’ilfallait pour travailler, et tout était en or ; il y avait un dé, desciseaux, un étui, un poinçon, des bobines, un couteau, un canif, de petitespinces, un passe-lacet. Dans un autre compartiment il y avait une boîte àaiguilles, une boîte à épingles dorées, une provision de soies de toutescouleurs, de fils de différentes grosseurs, de cordons, de rubans, etc. Sophiese récria sur la beauté de la boîte :
« Comme tout cela est joli ! dit-elle, et comme c’est commode d’avoir toutce qu’il faut pour travailler ! Pour qui est cette boîte, maman ?ajouta Sophie en souriant, comme si elle avait été sûre que sa mamanrépondrait : C’est pour toi.
C’est à moi que ton papa l’a envoyée, » répondit Mme deRéan.
SOPHIE. – Quel dommage ! J’aurais bien voulu l’avoir.
MADAME DE RÉAN. – Eh bien ! je te remercie ! Tu es fâchée que ce soitmoi qui aie cette jolie boîte ! C’est un peu égoïste.
SOPHIE. – Oh ! maman, donnez-la-moi, je vous en prie.
MADAME DE RÉAN. – Tu ne travailles pas encore assez bien pour avoir une sijolie boîte. De plus tu n’as pas assez d’ordre. Tu ne rangerais rien et tuperdrais tous les objets les uns après les autres.
SOPHIE. – Oh non ! maman, je vous assure ; j’en aurais bien soin.
MADAME DE RÉAN. – Non, Sophie, n’y pense pas ; tu es trop jeune.
SOPHIE. – Je commence à très bien travailler, maman ; j’aime beaucoup àtravailler.
MADAME DE RÉAN. – En vérité ! Et pourquoi es-tu toujours si désolée quandje t’oblige à travailler ?
SOPHIE, embarrassée. – C’est…, c’est… parce que je n’ai pas ce qu’il me fautpour travailler. Mais, si j’avais cette boîte, je travaillerais avec unplaisir…, oh ! un plaisir…
MADAME DE RÉAN. – Tâche de travailler avec plaisir sans la boîte, c’est lemoyen d’arriver à en avoir une.
SOPHIE. – Oh ! maman, je vous en prie !
MADAME DE RÉAN. – Sophie, tu m’ennuies. Je te prie de ne plus songer à laboîte.




Sophie se tut ; elle continua à regarder la boîte, puis elle la redemandaà sa maman plus de dix fois. La maman, impatientée, la renvoya dans le jardin.
Sophie ne joua pas, ne se promena pas ; elle resta assise sur un banc,pensant à la boîte et cherchant les moyens de l’avoir.
« Si je savais écrire, dit-elle, j’écrirais à papa pour qu’il m’en envoie unetoute pareille ; mais… je ne sais pas écrire ; et, si je dictais lalettre à maman, elle me gronderait et ne voudrait pas l’écrire… Je pourraisbien attendre que papa soit revenu ; mais il faudrait attendre troplongtemps et je voudrais avoir la boîte tout de suite… »
Sophie réfléchit, réfléchit longtemps ; enfin elle sauta de dessus sonbanc, frotta ses mains l’une contre l’autre et s’écria :
« J’ai trouvé, j’ai trouvé. La boîte sera à moi. »



Et voilà Sophie qui rentre au salon, la boîte était restée sur la table ;mais la maman n’y était plus. Sophie avance avec précaution, ouvre la boîte eten retire une à une toutes les choses qui la remplissaient. Son cœur battait,car elle allait voler, comme les voleurs que l’on met en prison. Elle avaitpeur que quelqu’un n’entrât avant qu’elle eût fini.

Mais personne ne vint ; Sophie put prendre tout ce quiétait dans la boîte. Quand elle eut tout pris, elle referma doucement la boîte,la replaça au milieu de la table et alla dans un petit salon où étaient sesjoujoux et ses petits meubles ; elle ouvrit le tiroir de sa petite tableet y enferma tout ce qu’elle avait pris dans la boîte de sa maman.
« Quand maman n’aura plus qu’une boîte vide, dit-elle, elle voudra bien me ladonner ; et alors j’y remettrai tout, et la jolie boîte sera à moi !»
Sophie, enchantée de cette espérance, ne pensa même pas à se reprocher cequ’elle avait fait ; elle ne se demanda pas : « Que dira maman ?Qui accusera-t-elle d’avoir volé ses affaires ? Que répondrai-je quand onme demandera si c’est moi ? » Sophie ne pensa à rien qu’au bonheur d’avoirla boîte.
Toute la matinée se passa sans que la maman s’aperçût du vol de Sophie ;mais à l’heure du dîner, quand tout le monde se réunit au salon, Mme de Réandit aux personnes qu’elle avait invitées à dîner qu’elle allait leur montrerune bien jolie boîte à ouvrage que M. de Réan lui avait envoyée de Paris.
« Vous verrez, ajouta-t-elle, comme c’est complet ; tout ce qui estnécessaire pour travailler se trouve dans la boîte. Voyez d’abord la boîteelle-même ; comme elle est jolie !
– Charmante, répondit-on, charmante. »


Mme de Réan l’ouvrit. Quelle fut sa surprise et celle despersonnes qui l’entouraient, de trouver la boîte vide !
« Que signifie cela ? dit-elle. Ce matin, tout y était, et je ne l’ai pastouchée depuis.
– L’aviez-vous laissée au salon ? » demanda une des dames invitées.
MADAME DE RÉAN. – Certainement, et sans la moindre inquiétude ; tous mesdomestiques sont honnêtes et incapables de me voler.
LA DAME. – Et pourtant la boîte est vide, chère madame ; il est certainque quelqu’un l’a vidée.
Le cœur de Sophie battait avec violence pendant cette conversation ; ellese tenait cachée derrière tout le monde, rouge comme un radis et tremblant detous ses membres.
Mme de Réan, la cherchant des yeux et ne la voyant pas, appela : « Sophie,Sophie, où es-tu ? »
Comme Sophie ne répondait pas, les dames derrière lesquelles elle était cachée,et qui la savaient là, s’écartèrent, et Sophie parut dans un tel état derougeur et de trouble, que chacun devina sans peine que le voleur étaitelle-même. « Approchez, Sophie », dit Mme de Réan.
Sophie s’avança d’un pas lent ; ses jambes tremblaient sous elle.


MADAME DE RÉAN. – Où avez-vous mis les choses qui étaientdans ma boîte ?
SOPHIE, tremblante. – Je n’ai rien pris, maman, je n’ai rien caché.
MADAME DE RÉAN. – Il est inutile de mentir, mademoiselle ; rapportez toutà la minute, si vous ne voulez pas être punie comme vous le méritez.
SOPHIE, pleurant. – Mais, maman, je vous assure que je n’ai rien pris.
MADAME DE RÉAN. – Suivez-moi, mademoiselle.
Et, comme Sophie restait sans bouger, Mme de Réan lui prit la main etl’entraîna malgré sa résistance dans le salon à joujoux. Elle se mit à chercherdans les tiroirs de la petite commode, dans l’armoire de la poupée ; netrouvant rien, elle commençait à craindre d’avoir été injuste envers Sophie,lorsqu’elle se dirigea vers la petite table. Sophie trembla plus fort lorsquesa maman, ouvrant le tiroir, aperçut tous les objets de sa boîte à ouvrage, queSophie avait cachés là.
Sans rien dire, elle prit Sophie et la fouetta comme elle ne l’avait jamaisfouettée. Sophie eut beau crier, demander grâce, elle reçut le fouet de labonne manière, et il faut avouer qu’elle le méritait.
Mme de Réan vida le tiroir et emporta tout ce qu’elle y avait trouvé, pour leremettre dans sa boîte, laissant Sophie pleurer seule dans le petit salon.






Photo Cyril Delacour -

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Elle était si honteuse qu’elle n’osait plus rentrer pourdîner ; et elle fit bien, car Mme de Réan lui envoya sa bonne pourl’emmener dans sa chambre, où elle devait dîner et passer la soirée. Sophiepleura beaucoup et longtemps ; la bonne, malgré ses gâteries habituelles,était indignée et l’appelait voleuse.
« Il faudra que je ferme tout à clef, disait-elle, de peur que vous ne mevoliez. Si quelque chose se perd dans la maison, on saura bien trouver levoleur et on ira tout droit fouiller dans vos tiroirs. »
Le lendemain, Mme de Réan fit appeler Sophie.
« Écoutez, mademoiselle, lui dit-elle, ce que m’écrivait votre papa enm’envoyant la boîte à ouvrage. »
« Ma chère amie, je viens d’acheter une charmante boîte à ouvrage que je vousenvoie. Elle est pour Sophie, mais ne le lui dites pas et ne la lui donnez pasencore. Que ce soit la récompense de huit jours de sagesse. Faites-lui voir laboîte, mais ne lui dites pas que je l’ai achetée pour elle. Je ne veux pasqu’elle soit sage par intérêt, pour gagner un beau présent ; je veuxqu’elle le soit par un vrai désir d’être bonne… »
« Vous voyez, continua Mme de Réan, qu’en me volant, vous vous êtes voléevous-même. Après ce que vous avez fait, vous auriez beau être sage pendant desmois, vous n’aurez jamais cette boîte.


J’espère que la leçon vous profitera et que vous nerecommencerez pas une action si mauvaise et si honteuse. »
Sophie pleura encore, supplia sa maman de lui pardonner. La maman finit par yconsentir, mais elle ne voulut jamais lui donner la boîte ; plus tard ellela donna à la petite Élisabeth Chéneau, qui travaillait à merveille et quiétait d’une sagesse admirable.
Quand le bon, l’honnête petit Paul apprit ce qu’avait fait Sophie, il en fut siindigné qu’il fut huit jours sans vouloir aller chez elle. Mais, quand il sutcombien elle était affligée et repentante, et combien elle était honteused’être appelée voleuse, son bon cœur souffrit pour elle ; il alla lavoir ; au lieu de la gronder, il la consola et lui dit :
« Sais-tu, ma pauvre Sophie, le moyen de faire oublier ton vol ? C’estd’être si honnête, qu’on ne puisse pas même te soupçonner à l’avenir. »
Sophie lui promit d’être très honnête, et elle tint parole.

Les malheurs de Sophie - La comtesse de Ségur -




Site de Cyril Delacour -


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Mathilde Primavera.

jeudi 12 avril 2012

C'est le printemps !




Le printemps,
Je n'ai pas pu le célébrer avant,
Encore temps.
Le passé, les souffrances...vlan !

Ici et maintenant,
C'est une renaissance, 
C'est le printemps !





Printemps

Voici donc les longs jours, lumière, amour, délire ! Voici le printemps ! mars, avril au doux sourire,
Mai fleuri, juin brûlant, tous les beaux mois amis !
Les peupliers, au bord des fleuves endormis,
Se courbent mollement comme de grandes palmes ;
L'oiseau palpite au fond des bois tièdes et calmes ;
Il semble que tout rit, et que les arbres verts
Sont joyeux d'être ensemble et se disent des vers.
Le jour naît couronné d'une aube fraîche et tendre ;
Le soir est plein d'amour ; la nuit, on croit entendre,
A travers l'ombre immense et sous le ciel béni,
Quelque chose d'heureux chanter dans l'infini.



Victor HUGO (1802-1885)
(Recueil : Toute la lyre)



 


printemps : français

spring : anglais

primavera : espagnol, italien, portugais

udaberrian : basque 

printempo : esperanto

vere : latin

mùa xuân : vietnamien

tavasz : hongrois

veranu : corse



Le printemps par Pieter Brueghel 



Nymphe du printemps par Lucas Cranach




Le printemps par Guiseppe Arcimboldo


Primavera par Sandro Botticelli

mardi 13 mars 2012

Présentation d'un nouveau blog


                 Le musicien gnostique - Fragment - d'après Ignolargo Sefes (1894)



J'ai le plaisir de vous annoncer la création d'un nouveau blog concernant les éditions le délirium relatif à l'ouvrage Plume, pinceau et bistouri, ou le labyrinthe des hypothèses masquées de Fleur Habitson que vous pouvez découvrir en cliquant sur le lien suivant :




C'est une fiction iconographique qui mêle l'humour et les références savantes à l'histoire de l'art. Elle se présente comme une parodie des discours de légitimation se rapportant à un objet destiné à l'appréciation esthétique.



Mathilde Primavera.