Sans aucun doute, une publication pour Brigetoun, mais pas seulement !Rien ne va plus !
Mais non, je ne suis pas au casino, mais au beau milieu de mon salon.
J'observe.
Mon manteau.
Rassurez-vous, je ne suis pas devenue folle dingo, je sais pertinemment que ce n'est qu'un vêtement inerte et non pas un agent secret qui me surveille.
Maintenant que vous avez la preuve que je ne suis sous aucune substance qui aurait pu me faire délirer, je peux répéter différemment.
Je scrute.
Toujours mon manteau éternellement immobile puisque je vous dis qu'il ne s'agit que d'une chose sans âme.
Mais, quel souci il me donne !
La grande question, voyez-vous, est :
- quand est-ce que je dois l'amener au pressing ?
Je vous explique.
Au courant de l'été, je m'étais dit :
- tu amèneras (j'ai le droit absolu de me tutoyer) ton truc en poils chez le teinturier au début de l'automne.
Quand il fait encore très chaud, je n'ai absolument pas envie de m'encombrer d'une chose chaude et lourde, même à bout de bras.
L'été a duré plus que prévu et le mistral est arrivé sans prévenir, d'un coup.
Passage à l'hiver direct.
Et, je l'ai remis parbleu.
Si j'arrête de le mettre pour le faire nettoyer je vais choper la crève et si je ne l'amène pas j'ai l'impression d'être une fille de mauvaise famille, non pas qu'il soit sale ou tâché, mais je peux remettre en doute sa virginité.
C'est encore plus culpabilisant lorsque je croise des personnes dans la rue chargées de leurs vêtements, sans que je sache leur propre évaluation de leurs salissures et du bon moment à saisir pour prendre une telle initiative.
Vous pensez bien qu'après avoir publié sur le fait que l'étreinte amoureuse est plus importante que tout le reste, sur le tango, la poésie, avoir ou non de l'esprit tel un aristocrate du 17ème ou/et du 18ème siècle, ainsi que sur l'allure et les apparences physiques, cette question fondamentale manquait au tableau.
On ne se moque pas, mon problème relève d'une grosse responsabilité économique.
Si tout le monde fonctionnait comme moi, les pressings auraient fermé depuis longtemps.
Mais, on ne peut pas non plus m'en vouloir de ne pas leur amener mon manteau d'une manière névrotique puisqu'il est nickel.
Certaine que cette publication aura un succès fou, je regarde à nouveau mon manteau et je le remercie.
Bien oui, dans l'intervalle mon psychisme et mon regard sur le monde ont évolué.
Il fallait bien que tôt ou tard les choses bougent.
"Toute écriture est fictive, même et peut-être surtout lorsqu'on s'efforce de raconter une vie. Il y a entre les mots et la réalité un décalage sans lequel écrire ne serait pas possible."
Yvon RivardPhoto et texte de Mathilde Primavera.